
Susheela Raman clôturait la onzième édition des Terrasses du Jeudi, un concert contrasté entre l’influence Pop-rock anglaise et les chants traditionnels Tamoul. Les Rouennais ont répondu présent sur la Place Saint-Marc pour une échappée musicale aux couleurs de l’Inde. C’est avant les balances qu’elle nous accorde une interview, histoire d’en savoir plus sur sa musique généreuse et métissée.
Quelle était la place de la musique dans votre famille ?
"La musique indienne était très importante dans ma famille. Ma tante était musicienne et chanteuse. J’ai commencé par apprendre la musique traditionnelle, avec le violon et la "Vina", une sorte de cithare. Je regardais beaucoup la télé, des comédies musicales avec Doris Day et aussi un peu de chansons pop à la radio."
Votre dernier album s’inspire des chants extatiques, pourriez-vous nous en dire plus ?
"C’est parti d’une chanson que ma mère avait l’habitude de chanter, je m’en suis souvenu il y a cinq ans en me demandant d’où elle pouvait venir. Lors d’un de mes voyages au sud de l’Inde, dans la région du Tamil Nadu, dont je suis originaire, je me suis intéressée au culte du Dieu Muruga. Il y est profondément vénéré par des chants extatiques. Ce sont des chants dévotionnels très courants qui amènent ceux qui les pratiquent dans un état de transe et d’extase. Le culte de Muruga est proche de celui de Dionysos, car la société indienne et celle de la Grèce antique ont une structure similaire basée sur l’agriculture. J’ai toujours connu cette divinité mais j’ai voulu m’y intéresser plus en profondeur. Ce fut une recherche très enrichissante. J’y ai appris la musique et la discipline spirituelle avec un homme religieux, c’était fascinant ."
Entre le tamul et l’anglais, comment choisissez-vous la langue utilisée dans vos chansons ?
"Le tamul est la langue de mes parents, elle est très ancienne, ces chansons sont issues du folklore indien. Certains textes ont plus de cent ans ! Sinon j’écris toujours en anglais pour mes propres compositions, beaucoup d’entre elles ont été écrites avec l’aide de Sam, mon guitariste."
Quels sont les artistes que vous écoutez ?
"J’adore Björk, son dernier album "Biophilia" est extraordinaire. Elle combine musique et science, ses idées, ses concepts sont tellement riches et ambitieux. Après chacun de ses albums je trouve qu’elle devient de plus en plus importante. J’adorerai la voir en concert mais elle n’a fait qu’une seule date en Angleterre et tous les tickets ont été rapidement vendus. J’aime beaucoup aussi PJ Harvey surtout son dernier album "Let England Shake" avec le morceau The Glorious Land."
Pouvez-vous nous raconter votre souvenir de concert le plus marquant ?
"J’ai joué à Jaipur l’année dernière, au sein d’un festival de littérature très réputé qui regroupe des auteurs du monde entier. La scène était à l’intérieur d’un ancien palais. L’atmosphère du concert fut intense, je jouais avec des musiciens pakistanais, il y avait une énergie incroyable entre nous et le public !"
Ce soir vous jouez en extérieur, quelles sont les différences avec un concert en salle ?
"Ce sont deux environnements très différents, cela dépend des lieux, il y a des salles qui ont du caractère, qui dégagent une atmosphère. C’est très intéressant de jouer en extérieur, tu es en contact avec les éléments, la chaleur, le vent, cela donne une énergie particulière au concert. J’adore quand on peut voir la lune."