

Le trio, créé en 2009 par l'artiste malien Gaoussou Koné, propose, à travers ses créations et ses arrangements musicaux, une vision moderne du n'goni. Instrument à cordes joué dans les cérémonies traditionnelles du Wassolon (région du Mali), le n'goni est aujourd'hui utilisé par de nombreux artistes d'Afrique et d'ailleurs. Des chants et rythmes maliens au blues afro, Kelenya offre un voyage intense, vibrant et fédérateur.
Kelenya, en bambara la langue principale du Mali, comprenez unité, égalité. Des valeurs simples et universelles pour une musique haute en couleurs. Ils jouaient jeudi dernier place des carmes. Gaoussou Koné, en véritable artisan de la culture musicale malienne, propose avec Kelenya une réinterprétation moderne des standards ouest-africains. Il nous reçoit chez lui autour d’un thé pour quelques explications sur la fabrication du n’goni et le sens caché d’une musique millénaire.
Quels sont les messages de la musique malienne ?
"Elle est avant tout métaphorique et apporte des conseils sur le quotidien. Par exemple, Le morceau « Laban » est un standard qui parle de l’avenir plus précisément, à propos de l’inquiétude de chacun sur son devenir, on ne sait jamais ce que demain nous réserve. La musique malienne prône le respect et l’humilité. « Kono », qui signifie l’oiseau, est aussi un classique, il nous apprend que quelque soit la beauté, la force ou le pouvoir de chacun, il faut rester humble."
Comment avez-vous construit le rapport à la modernité ?
"On utilise des n’gonis amplifiés, chose qui est complètement nouvelle. On a rajouté des percussions et l’utilisation de bongos. Par ce biais on se rapproche du rapport guitare-basse-batterie des groupes de rock. L’amplification des n’gonis est du « fait-maison », il suffit de placer une cellule à l’intérieur de la caisse de résonance, raccordée à un pré-ampli et le tour est joué. La difficulté est de trouver le meilleur endroit pour la cellule. C’est un travail de patience et de précision. Les cordes ont été changées, le manche taillé sur mesure, j’y ai installé des clefs pour l’accordement. J’ai pu ainsi crée un n’goni basse dont le son se rapproche de celui d’une contrebasse."
Quel artiste conseilleriez-vous pour découvrir la musique malienne ?
"Ali Farka Touré en est pour moi le meilleur représentant. Il est considéré comme l’un des principaux guitaristes de blues africain. En 2005, il publie In the Heart of the Moon, avec Toumani Diabaté et obtient avec cet album le Grammy Award du meilleur album traditionnel de musique du monde. Pour moi c’est lui qui représente le mieux l’héritage musicale des anciens."
Un album bientôt ?
"On a enregistré récemment une maquette de 5 titres, on aimerait beaucoup en faire un album."
Quel est votre meilleur souvenir de live ?
"On a été appelé, l’année dernière, pour jouer en première partie de Femi Kuti & The Positive Force, à la Traverse. C’était un honneur pour nous !"
Un festival où vous aimeriez jouer ?
"Le Festival au Désert serait vraiment exceptionnel pour moi. Il se passe tout les ans depuis une dizaine d’année au nord du Mali près d’Essakane. Les meilleurs artistes de la scène malienne s’y produisent. C’est un lieu d’échange et de partage."